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 Les deux portes du Moyen-Orient (1/3) Les deux portes du Moyen-Orient (1/3)
by Newropeans-Magazine
2008-03-27 09:46:23
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Un regard historique peut clarifier les préceptes de liens ou de divergences qui ont pu donner lieu à l’état actuel dans lequel se trouvent le monde arabe et son voisin iranien. Le Moyen-Orient vit actuellement l’une des périodes les plus instables depuis la Deuxième Guerre mondiale. Dans ces conditions, où l’histoire accélère ses pas, une grille de lecture aide à mieux clarifier les enjeux de la situation de conflictualité durable.

Pour cela, je tente de suivre une approche analytique aidant à mieux comprendre l’articulation des relations entre ce monde et son voisin perse et par là même, l’état des lieux de la région du Moyen-Orient.

Ce regard historique apporte une clarification autour d’un malentendu historique et durable autour du monde arabe. On arrive à connaître les raisons du recours au terme de rupture et non pas celui de l’évolution au sens de graduation d’une pensée politique en ce qui concerne les événements majeurs dans ce monde. Historiquement, il y a eu un état de collapsus continuel dans le monde arabe d’abord “dynastisé” à partir du VIIIème siècle, avant d’être anesthésié depuis le XVe. Ce monde est par la suite envoyé, par les Ottomans, vers la voie la plus étroite de despotisme. Le réveil de ce monde de son long sommeil est difficile[1]. L’absence d’un modèle politique solide dans les pays arabes fragilise sa résistance à la pression externe et aux éléments d’extrémisme internes.

Pourtant, l’importance de la période qu’a traversé le monde arabe durant le VIIe siècle, allait avoir pour effet de donner à la vie, intellectuelle, culturelle et sociale, un tour particulier. Le VIIIe siècle a donné lieu à une avancée dans de multiples domaines, littéraires, scientifique et philosophique, dont Damas, Bagdad ou le Caire demeuraient les centres incontestés. Si le IXe fut le siècle de la philosophie, le Xe a été celui de la modernisation et de la pensée scientifique arabe. Mais le XIIIe constitue le siècle du déclin dans cette prospérité intellectuelle. Le XIVe est particulièrement marquant. Il est le début d’un repli durable de ce monde sur lui-même.

Les penseurs arabes qui ont abordé durant des siècles tous les sujets et qui s’interrogeaient sur l’univers, sur ses lois et sur la rationalité, n’ont pas abordé les questions relevant de la philosophie politique. La décadence commence lorsqu’ils concentrent leur attention sur les palais des dynasties.

Le constat actuel montre que des divisions historiques sont en phase de ressortir à la surface comme jamais auparavant. Elles deviennent aujourd’hui le début d’une ère nouvelle qui risque d’aboutir à un chaos généralisé. Les néo-conservateurs américains peuvent alors ouvrir la boite de pandore de ce qu’ils désignent comme le croissant sunnite (Egypte, Jordanie, Arabie Saoudite) contre un axe chiite (Iran, Irak, Liban)[2]. Quelles sont donc les raisons et quelle est la visée de l’usage des notions telle que sunnite et chiite ? Afin d’apporter quelques éléments de réponses à ces questions, j'aborde dans un premier temps du point de vue historique, les racines des divisions sunnites/chiites sur fond de rapports entre le monde arabe et l'Iran. Dans un deuxième temps, je tente de développer les raisons historiques de l'action des néo-conservateurs visant à utiliser cette division afin de provoquer un état de chaos régional, basé sur les conceptions de la théorie des catastrophes développée, dès 1970, par René Thom[3].

Jeu de dominos, l’un tombe le reste suit

De par leur proximité géographique, le rapport entre Arabes et Iraniens est depuis de longs siècles un rapport de deux voisins qui se rivalisent et qui ont dû faire face, chacun de son côté, à de multiples vagues de pressions externes. Historiquement, à l’image d’un jeu de dominos, lorsque l’une de ces parties tombe, le reste suit. C'est le cas en 1255, lorsqu’une armée arrive du sud-est de l’Asie et occupe la Perse ; trois ans plus tard, en 1258, elle s'empare de Bagdad, de Damas et du Caire. Lorsque la Perse cède devant les Mongols, l’armée du général Houlagou, le petit-fils de Gengis Khan, s’empare de leur terre, la porte du Moyen-Orient s’ouvre à l’invasion des Mongols. Ces derniers mettent définitivement fin à la dynastie arabe des Abbassides qui règne depuis cinq siècles.

De l’autre côté, c’est à partir de l’Egypte que l’empire des Perses commence à perdre de sa puissance face aux Grecs. C’est le cas en l’an 370 av. J.-C., lorsque les satrapes de l'Empire perse entrent en révolte contre le pouvoir central. Après l’aide des Grecs aux rebelles en Egypte contre le pouvoir perse, les choses changent. En effet, l’indépendance de l'Égypte en 404 av. J.-C., ouvre la voie à Alexandre le Grand vers une victoire décisive. Cette victoire intervient pour la première fois lors de la bataille d’Issos (sud de le Turquie) en l’an 333 et puis lors de celle de Gaugamèles en l’an 331 av. J.-C. Cette dernière a lieu dans le nord de l’Irak (près de la ville d’Erbil). Cette bataille est aussi, appelée bataille d'Arbèles en référence à la cité d'Arbèles (Erbil) dans le Kurdistan actuel[4].

Ces évènements ont beaucoup de signification dans l’usage des néoconservateurs américains. La conception de leur politique dans la région vise à affaiblir l’un afin de faire tomber l’autre ou encore provoquer la chute des deux par le scénario du chaos généralisé. Pour le cas iranien, les néoconservateurs jouent sur les deux pôles (Bagdad et le Caire) comme un début pour affaiblir les Perses. Si l’Irak, depuis le début des années 1980, est le centre et la source de la conflictualité, l’Egypte est, depuis le chute du Shah d’Iran en 1979, le centre de la diplomatie américaine. Depuis le début du 21ème siècle, les néoconservateurs visent à classer les pays de la région en deux camps. Il y a d’un côté, le trio dit modéré (Amman, le Caire, Riyad) par opposition aux “non modérés”. A l’intérieur de ce classement et depuis l’échec en Irak, ces mêmes néoconservateurs tendent à appuyer sur le facteur sunnites/chiites au sein même des deux camps.

Pas en mon nom

La majorité des populations arabes se démarquent de ce qui se passe ici ou là en son nom. Une écrasante majorité se sent prise en otage à la fois par des acteurs non étatiques, ou des groupes qui n’ont pas de visage ni d’objectifs clairs, tel que Al-Qaïda. Cette majorité se sent aussi prise en otage par des régimes dynastiques et par des réquisitoires permanents venant de l’extérieur sans définir de quoi et de qui nous parlons. C’est l’exemple de Ely Karmon lorsqu’il explique que « l'existence de deux tendances islamistes concurrentes au sein du monde musulman -le modèle chi'ite révolutionnaire iranien opposé au modèle sunnite radical wahhabite ou salafiste- est un facteur déterminant dans la stratégie des nombreux groupes terroristes agissant au Moyen-Orient. » D’après Karmon, « l’existence de deux tendances islamistes parallèles -le modèle chi'ite révolutionnaire iranien opposé au modèle sunnite radical wahhabite ou salafiste -modifie l'idéologie et la stratégie des nombreux groupes violents agissant dans le monde musulman"[5].

Lorsque Ely Karmon note que « ceci est clairement illustré par la guerre terroriste ouverte opposant groupes chi'ites et sunnites au Pakistan, en Afghanistan et en Irak, ainsi que, récemment, au sujet de la guerre menée par le Hezbollah contre Israël », il avance que « l'objectif était de former une alliance internationale composée d'organisations et de groupes islamistes sunnites, ainsi que de dignitaires musulmans partageant une idéologie politique et religieuse commune et se retrouvant autour d'une stratégie mondiale de Guerre sainte (jihad). »

Lorsqu’on évoque une idéologie politique, il faut noter que cet aspect est absent depuis long temps et son absence provoque le collapsus continuel des sociétés arabes. Mais, si ce monde disposait de son modèle politique, les choses auraient été totalement différentes à l’heure actuelle. Comment avancer, comme le fait M. Karmon, l’idée d’une stratégie mondiale issue d’une société qui n’a même pas les structures permettant l’élaboration d’une stratégie locale dans l’un des pays arabe ?

Si ce monde disposait d’un modèle structuré, basé sur des valeurs de pluralisme, de concertation et de la liberté de penser, les mouvements contestataires de nationalisme religieux n’auraient pas la place qu’ils occupent actuellement. J’avance ici l’idée de l’opposition entre deux concepts majeurs. Le jihad (comme terme combatif et largement utilisé en Occident) à l’ijtihad (comme invitation à l’initiative par la méthode, la connaissance et la science et absent depuis des siècles dans le monde arabe.) Le premier est largement répandu et assimilé à une “guerre sainte”. Alors que le deuxième (l’ijtihad) est absent et reste dans l’oubli abandonné et indéfini.

Les questions qui se posent sont alors les suivantes : Sait-on que le terme de Guerre Sainte n’existe pas dans l’Islam ? Peut-on considérer le phénomène Al-Qaïda comme une chose au sens durkheimien ? Autrement dit, peut-on dissocier Al-Qaïda du monde arabe, ou musulman, avec lesquels cette chose est systématiquement associée ? Quelle est la visée de l’usage et de l’opposition de terme chiite à celui de sunnite ? Au fond pourquoi ici, dans le Moyen-Orient, et pourquoi maintenant, après l’échec américain en Irak ?

Des attitudes intellectuelles restent étroites et se caractérisent par des schémas basés sur des interprétations exagérés voire erronées, par des fausses causalités entre les faits et les différents phénomènes sociaux. Nous nous trouvons alors pris entre le trio de ce que j’appelle le malentendu historique. Tout d’abord, nous sommes confrontés au malentendu propre au monde arabe et au déphasage entre ce même monde et sa propre histoire ; le malentendu des interprétations erronées et biaisés par le regard des orientalistes qui tentent à voir ce monde arabe avec des lunettes déformantes ou la frontière entre monde arabe et monde musulman n’est jamais clarifiée. Enfin, on trouve le malentendu concernant le manque de la place d’un vrai débat social, d’un espace civique ou symbolique solide et l’absence d’un modèle politique arabe. (A suivre ...)

Mohamed Abdel Azim*
Lyon - France

Mohamed Abdel Azim est docteur en Science politique, journaliste à EuroNews, membre du Comité Directeur Newropeans en charge des affaires méditerranéennes et arabes. Il est l’auteur du livre : Israël et la bombe atomique, la face cachée de la politique américaine, Paris, publié aux éditions l’Harmattan, 2006.

[1] Mohamed Abdel Azim, “Allez, Yallah”, Newropeans Magazine, 14 mars 2007.

[2] "Sunnites-chiites : nouvelle guerre ?" , L'Express, 11 janvier 2007.

[3] René Thom, Stabilité structurelle et morphogenèse, essai d'une théorie générale des modèles, 1972.

[4] Cette bataille est aussi appelée bataille d'Arbèles en référence à la cité d'Arbèles (Erbil) dans le Kurdistan actuel.

[5] Ely Karmon, “Chi’isme et sunnisme : vers une radicalisation des discours”, Journal d’études des relations internationales au Moyen-Orient, V. 2, N. 1, janvier 2007.


 
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Comments(1)
Get it off your chest
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Emanuel Paparella2008-03-27 10:17:07
Que Lacanne a-t-il indiqué? Tous les messages, même ceux extension mal interprétée leur destination. Matière à réflexion.


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