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Vers La Judiciarisation D'une Psychiatrie Surmediatisee? Vers La Judiciarisation D'une Psychiatrie Surmediatisee?
by Europe & Us
2007-11-14 09:32:57
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Qu’adviendra-t-il de Romain Dupuy ? Responsable ou irresponsable après le double meurtre de Pau en 2004 ? Devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Pau ce vendredi 9 novembre, l’avocat général a demandé la confirmation du non-lieu qui avait déjà été rendu dans l’affaire. Pleins feux sur la psychiatrie donc cet automne avec la présentation du bilan intermédiaire du plan Santé mentale 2005 – 2008 et aussi le récent drame de Lormont en Gironde.

Le traitement médiatique de la psychiatrie relève bien trop souvent de l'émotionnel, tout comme la prise en charge du patient fait bien trop souvent appel à l'unique traitement symptomatique. Ces mots entraîneront à coup sûr une levée de boucliers de la part des professionnels de la médecine, des personnels soignants qui travaillent dans l'univers psychiatrique. Peut-être pas d'une seule voix cependant. Je ne m'autorise là aucun jugement, juste un constat.

europeus Une fois encore, la psychiatrie revient donc sur le devant de la scène. La machine médiatique s'est emballée, les agences de presse se sont affolées et les rédactions ont pris le relais. Un effet boule de neige alors bien malsain au début de ce mois d'octobre 2007. Un effet boule de neige qui en rappelle un autre. Dans la nuit du 17 au 18 décembre 2004, Romain Dupuy tuait à l'arme blanche une infirmière et une aide-soignante du pavillon de psycho-gériatrie de l'hôpital psychiatrique de Pau, l'une d'elles étant même décapitée. Pleins phares sur ce double meurtre et remue-ménage ministériel, comme à l'accoutumée, face à des drames qui bouleversent la nation tout entière. Au-delà de l'émotion suscitée, il y a les manoeuvres politiques, la bien-nommée récupération. Il ne s'agirait pas de passer à côté ! L'indignation d'abord, les effets d'annonce ensuite, l'action (dans l'ombre) enfin. Beau triptyque.

Le 7 octobre 2007 donc, à Lormont, près de Bordeaux. Un homme de 30 ans est interpellé pour le meurtre de sa mère à l'arme blanche. Guislain Yakoro était en permission de sortie pour le week-end, interné par ailleurs à l'hôpital psychiatrique de Cadillac en Gironde. Il a ensuite été établi par les enquêteurs que cet homme avait un passé psychiatrique «très lourd». Fin 2000, il avait été incarcéré à la maison d'arrêt de Gradignan en Gironde, après l'agression de deux policiers. Il avait été estimé responsable de ses actes malgré plusieurs séjours en institution spécialisée. L'année suivante, après avoir sauvagement tué l'un de ses co-détenus, il a été admis dans l'unité pour malades difficiles (UMD) de l'hôpital psychiatrique de Cadillac, réservée aux malades considérés dangereux. Depuis 2005, il bénéficiait d'un changement de régime qui lui permettait d'obtenir des permissions régulières.

Dysfonctionnement de la machine judiciaire qui n'a pas su protéger la société d'un individu dangereux ? Erreur de la part des experts-psychiatres qui ont décidé de baisser la garde et de réduire les mesures à l'encontre de leur patient, au nom des soins et de la réhabilitation sociale ? On ne peut porter aucun jugement, donner aucune réponse.

Seule observation : la psychiatrie va mal parce qu’elle est le parent pauvre de la médecine, le canard boiteux d’une discipline qui refuse de se poser les vraies questions et de regarder en face ses propres problèmes. La grève des internes, celle des ambulanciers et des transporteurs sanitaires ? La mayonnaise prend avec les médias et le gouvernement cède alors que ce ne sont pas les branches les plus à plaindre. Mais les infirmiers, les aides-soignants en milieu psychiatrique ? Le bien-être des patients ? Les familles ? Qui se soucie de leur sort ?

Au lendemain du drame de Pau fin 2004, le gouvernement avait accéléré la mise sur pied du plan santé mentale 2005 – 2008. Quatre priorités dans ce plan : l’investissement financier avec un triplement des aides prévues pour la psychiatrie par le plan Hôpital 2007, les moyens humains avec un moratoire sur les fermetures de lits dans les services psychiatriques et une hausse du nombre d’internes en psychiatrie, l’amélioration et la spécialisation de la formation des infirmiers dans les IFSI (instituts de formation en soins infirmiers) et enfin le développement des alternatives à l’hospitalisation. Pour tout concrétiser, une enveloppe d’un milliard d’euros sur cinq ans avait été allouée, dont les trois quarts rien que pour les investissements en hôpitaux psychiatriques.

Il y a un mois, premier bilan gouvernemental signé Roselyne Bachelot. Dixit le ministère, «des actions structurantes ont été mises en œuvre dès les premières années du plan, 60% des actions prévues ont déjà été réalisées ou engagées, en termes d’investissement hospitalier, d’évolution de l’offre sociale et médico-sociale pour les patients, de politique en faveur des personnels. En région, des mesures ont été prises pour adapter le plan aux réalités locales». En 2008, il existe trois priorités dans l’action gouvernementale sur la santé mentale : allouer 46 millions d’euros supplémentaires pour renforcer le nombre de professionnels et améliorer le parc hospitalier, développer des programmes spécifiques en faveur de populations vulnérables (prévention du suicide chez les personnes âgées et les jeunes notamment) et réformer la loi du 27 juin 1990 sur les droits des malades mentaux, qui concerne l’hospitalisation, sans consentement, sur demande d’un tiers, et l’hospitalisation d’office prononcée par le préfet.

Réaction du secrétaire général du syndicat des psychiatres des hôpitaux, Jean-Claude Pénochet, «on a l’impression d’un émiettement, avec quelques actions qui viennent comme un bout de sparadrap compenser telle ou telle blessure importante de la structure hospitalière. La psychiatrie se trouve vraiment dans une situation extrêmement tendue en ce qui concerne les lits d’hospitalisation qui manquent partout». Pour Olivier Boitard, président de l’Union syndicale de la psychiatrie, qui reconnaît qu’un effort a été fait sur le plan de la sécurité, «le gros reproche, c’est qu’il y a eu beaucoup d’effets d’annonce». En 2005, Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, tablait notamment sur la création de 2500 postes médicaux et non médicaux en psychiatrie et l’ouverture de places dans le secteur des services d’accompagnement à domicile et dans le secteur médico-social. Bien insuffisant quand on sait, d’après les chiffres du ministère, qu’il y aurait entre 300.000 et 500.000 personnes adultes atteintes de psychoses délirantes chroniques aujourd’hui en France, dont 200.000 à 250.000 schizophrènes. Et si la France compte plus de 13.000 psychiatres, il faut être conscient non seulement du déséquilibre dans la répartition géographique mais aussi de la forte inégalité en faveur de l’exercice libéral de la profession par rapport à l’exercice en milieu hospitalier.

Ce n'est donc pas le nombre de personnels soignants qui fera avancer les questionnements sur la prise en charge des patients, même s'il est certain que cette influence est notable. Non, ce qu'il faut après les drames comme ceux de Pau ou de Lormont, ce sont des solutions à la fois respectueuses des victimes mais aussi des malades, en croisant, par exemple, les expériences judiciaires et psychiatriques sans réagir sous le coup de l'impulsion. En fait, le danger de récidive ne peut être évalué mais cela ne signifie pas pour autant qu'il faille juger pénalement les personnes atteintes de troubles psychiques graves. La mesure n'aurait aucun sens. Tout comme les familles des victimes ne peuvent accepter que le crime commis ne soit pas jugé. Rachida Dati a donc été chargée par le président de la République de réfléchir à une forme d'audience afin de reconnaître solennellement le crime perpétré. Sans pour autant condamner devant une cour d'assises puisque la démarche permettrait uniquement de faire émerger la vérité sur les faits avant que les experts psychiatres ne rendent leurs conclusions et aboutissent, éventuellement à l'irresponsabilité.

Bien souvent donc, dans des cas similaires à ceux de Pau et Lormont, c'était l'irresponsabilité pénale qui était prononcée, en vertu de l'article 122-1 du code pénal*. Aujourd'hui, les non-lieux pour irresponsabilité pénale sont moins nombreux (peut-être aussi parce que les malades chroniques hospitalisés, ça ne rapporte pas assez...) et les malades se retrouvent ainsi en prison où ils ne trouvent pas les soins dont ils auraient réellement besoin. Mais c'est l'objet d'un autre débat que les autorités se devront d'aborder un jour, notamment face à la question de la surpopulation carcérale. Romain Dupuy, lui, sera fixé sur son sort le 14 décembre, jour du délibéré.

Alexis Fricker est journaliste

(Taken from
www.europeus.org)

(*) L'article 122-1 du code pénal stipule qu'une personne ne peut être déclarée irresponsable que si elle était atteinte au moment des faits d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement. La personne peut être jugée si le trouble a seulement altéré le discernement.
En 2005, 212 non-lieux psychiatriques ont été prononcés en vertu de l'article 122-1 durant une instruction et 4074 classements sans suite, avant l'instruction, ont été prononcés pour irresponsabilité pénale.

   
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